Voir dans un navigateur
Pour être sûr(e) de recevoir la newsletter, ajoutez lemonde@info.lemonde.fr à votre carnet d'adresses.
logo samedi 13 juin 2020
Bonjour, bienvenue dans votre rendez-vous hebdomadaire avec les débats de l’économie
Qui va payer la dette européenne ?

Le projet d’emprunt bruxellois sera débattu le 19 juin par le Conseil européen. Les uns y voient une avancée de l’Union européenne (UE), d’autres l’oubli de ses fondamentaux économiques et juridiques.

Pour la députée européenne (S&D) Aurore Lalucq, et six économistes, parmi lesquels Laurence Scialom et Jézabel Couppey-Soubeyran, « la BCE devrait, dès maintenant, annuler une partie des dettes publiques qu’elle détient ». Ils poussent les institutions de l’UE à aller plus loin, sans attendre l’avènement d’un hypothétique fédéralisme budgétaire.

De même, l’économiste Raul Sampognaro, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estime que « la dette publique n’est pas un problème, mais un pilier de la solution », et selon son avis, augmenter l’offre de titres souverains constitue, dans le contexte actuel, un acte « de bonne gestion ». Directeur de l’Institut Jacques-Delors, Sébastien Maillard se réjouit d’« un grand emprunt européen au parfum fédéraliste » et se montre optimiste sur la possibilité d’un compromis avec les « Etats frugaux », aujourd’hui hostiles au plan de relance.

« Le plan de relance européen doit être un plan de soutien, pas un piège », alerte au contraire l’ancien banquier Jean-Michel Naulot qui s’inquiète des incertitudes sur les ressources, la légalité et la légitimité institutionnelle du plan de relance proposé par Bruxelles. L’économiste Jean-Marc Daniel rejette, lui aussi, les arguments des défenseurs d’un endettement européen qu’il estime contestables voire fallacieux. « Les idées simplistes faisant d’un déficit public sans limite la panacée sévissent toujours en Europe », dit-il.

Selon l’économiste Jérôme Creel, « l’assouplissement des contraintes budgétaires gouvernementales est crucial pour échapper aux conséquences du Covid-19 ». Trois événements – le Brexit, la fermeté des juristes allemands et le flottement prémédité de la Banque centrale européenne (BCE) – rendent possible une avancée politique décisive pour l’UE, suggère le philosophe et économiste Jérôme Batout. D’après lui, « la résolution, historique, d’émettre une dette européenne mutualisée sur les marchés financiers est le signal que quelque chose a changé ».

Attention, « la politique monétaire des années 1950 était à des années-lumière du contexte actuel », rappelle l’économiste Jean-Pierre Patat, qui met en garde contre le mythe d’un retour à la politique de création monétaire qui avait débouché sur de l’inflation et des dévaluations à répétition. Mais « fixer le plein-emploi comme objectif prioritaire de l’Union européenne permettrait à la BCE d’agir en toute efficacité », explique l’économiste Nicolas Goetzmann qui retrace le combat politique et social qui a conduit la Réserve fédérale américaine à afficher, à partir de 1978, un objectif de plein-emploi à côté de celui de lutte contre l’inflation : un exemple pour l’Europe confrontée à la crise liée au Covid-19.

Chronique

Thomas Piketty : « Affronter le racisme, réparer l’histoire »

Thomas Piketty

Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

Chronique

Mieux vaut être crédule et bien portant…

Paul Seabright

Institut d'études avancées de Toulouse

Entretien

Naomi Klein : « Seule une réponse très audacieuse à la crise nous mènera quelque part »

Propos recueillis par Perrine Mouterde

Chronique

Reprise : « Un nouveau paradoxe français est en train d’émerger »

Philippe Escande

Chronique

« Facebook a-t-il basculé du “mauvais côté de l’histoire” ? »

Stéphane Lauer

Isabelle Feng : « Apprendre les techniques supérieures des barbares afin de mieux les contrôler »

La juriste Isabelle Feng exhume la pensée du géopoliticien Wei Yuan (1794-1857) pour expliquer la stratégie poursuivie par la Chine de Xi Jinping face à l’Amérique de Donald Trump.

Marc Raffinot : « Nous pouvons faire beaucoup mieux que d’annuler la dette des pays à faible revenu »

Face à l’épidémie due au coronavirus qui a affecté les économies du continent africain, l’économiste Marc Raffinot explique que recourir à un moratoire ou à des remises de la dette des pays pauvres révèle les biais idéologiques des pays prêteurs. Il présente des pistes d’aides plus efficaces.

Baptiste Mylondo : « Plutôt que de rechercher la croissance, il faut se donner un cadre économique et social qui garantisse à tous le nécessaire »

Combien de temps encore faudra-t-il feindre de croire aux fables de la croissance verte, de la dématérialisation de l’économie, et du découplage entre hausse de la production et désastre écologique, interroge l’économiste Baptiste Mylondo pour qui la décroissance, c’est penser le « suffisant ».

Philippe Emont : « La crise sanitaire et le confinement ont permis de se rendre compte que la France a continué de tourner grâce à ses services publics »

Après la crise économique provoquée par l’épidémie de Covid-19, le sociologue Philippe Emont propose l’ouverture d’un grand débat national sur l’utilité sociale, la valeur du travail et la juste rémunération des métiers.

Emily Tanimura : « Le port du masque, ou le glissement de la notion d’utilité »

La mathématicienne Emily Tanimura utilise la théorie des jeux pour expliquer la propension à porter ou non le masque en public

Pandémie : « Il faut repenser l’intelligence artificielle et déterminer ce qui pourrait la rendre plus utile pour faire face à des situations analogues au Covid-19 »

Les trois chercheurs David Bounie, économiste, Winston Maxwell et Xavier Vamparys, juristes, expliquent que l’intelligence artificielle n’est pas encore assez mûre, que ce soit sur le plan technique ou sur celui de la confiance qu’elle doit susciter, pour être acceptée.

François Dechy et Jérôme Saddier : « Créons un réseau de sociétés coopératives d’intérêt collectif pour produire les médicaments »

Entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire, François Dechy et Jérôme Saddier proposent de confier à un réseau de coopératives la production des principes actifs et des molécules dont la sécurité n’est plus assurée par une industrie pharmaceutique financiarisée et mondialisée.